Le tour des monts d’Aubrac

du 27 mai au 2 juin 2010

Jeudi 27 mai 2010- : jour1 – Aumont Aubrac – le Gibertès (22kms)

Départ  de Florac à 8heures.Arrivée à Aumont-Aubrac vers 9 h30. On  dépose la voiture au parking de la gare sous les marronniers en fleurs .Il fait frais .Le ciel est brumeux et nuageux ; mais c’est un temps idéal pour la marche : pas trop chaud.

L’étape prévue pour aujourd’hui : Aumont-aubrac –Gîte du Gilbertès ( 22 kms)
Le  paysage est jalonné de vertes  prairies  à la flore printanière très riche : plein de crocus , de narcisses blancs, jaunes ,des tulipes sauvages, des digitales , des campanules , de minuscules orchidées…On traverse de petits hameaux : Soulages, La Combe .Hameaux constitués de quelques fermes et résidences secondaires bien restaurées. Le granit est omniprésent :c’est la pierre de construction par excellence , les champs sont hérissés de gros blocs granitiques , et clôturés de petits menhirs en guise de piquets !!
A la croisée des chemins, se dressent de belles croix sculptées : jadis, ces croix servaient de reposoir pour les cercueils que l’on emmenait au cimetière le plus proche en se relayant.le Giberteschamp de fleurvache
Les vaches d’Aubrac sont si belles ,elles se caractérisent par une robe d’un blond couleur miel, parfois un peu plus sombre, par des cornes en forme de lyre et surtout par leurs yeux cernés de noir ; toujours maquillées !! à cette période de l’année ,beaucoup de veaux  tètent encore goulûment leur mère.
Nous traversons le petit hameau de Trémoulous où nous discutons avec les habitants. Plus loin , nous admirons le château de Baume  construit en 1630, composé de bâtiments en équerre et flanqué de 4 tours latérales..le moulin de Baume est plus à notre goût : les tables faites des meules du moulin nous rappellent notre terrasse à Florac.

Nous arrivons au Gibertès vers 16heures. Nous logeons à l’annexe , dans le dortoir lambrissé. La salle à manger est une ancienne grange qui rassemble  d’innombrables antiquités : ustensiles d’autrefois :vaisselles , pots à lait , rouets, horloges comtoises , armoires de ferme , maies , il y a même des objets de culte : c’est très beau , un peu chargé toutefois. Nous mangeons avec un couple de la Drôme et  Denise Ressouche qui nous a préparé un délicieux repas : pâté maison , grande salade , sorte de bœuf-carottes sur biscotte faute de tranche de pain de seigle.

tremoulous

 

Vendredi 28 Mai :jour 2 : le Gibertès – le buron de Rajas (19kms)

Le paysage est magnifique : prairies jonchées de fleurs multicolores et forêts d’épicéas tapissées de genêts,de bruyères et de rhododendrons : un monde plein de couleurs et de senteurs !!
les prairiestaueauarrive au buron rajasNous dépassons quelques hameaux aux noms surprenants parfois : saint Laurent de Muret , Chantegrenouille , La Blatte , Bonnecombe. Nous apercevons de très loin le buron perdu dans cette immensité vallonnée ;;les vaches paissent jusque dans la cour.Dans ce désert herbeux , ces petites constructions appelées burons sont éparpillées de ci de là. Murs de granit , toits de lauzes qui touchent parfois le sol .en effet , une seule ouverture suffit pour se protéger du froid et du vent. Les buronniers  jadis , montaient les troupeaux à l’estive, avec une provision suffisante de pommes de terre … avec la crème de lait et  la tome fraîche fondue mélangée à la pomme de terre : c’était leur alimentation de base , c’est devenu le plat traditionnel de l’Aubrac : l’aligot !!
Le buron de Rajas est l’étape incontournable, perdu dans cette immensité herbeuse . Denise ,l’hôtesse très accueillante et intéressante nous donne beaucoup d’explications à table.  Nous sommes une bonne vingtaine  de randonneurs : un groupe de Toulouse qui se sont baptisés du nom poétique « des Amis des Sentes » ,le couple de la Drôme et 2 couples de Dijon fort sympathiques avec qui nous discutons du Chemin de St Jacques de Compostelle qu’ils ont fait en entier eux aussi .

le rajas salle à manger  


Rajas veut dire «  coulées » d’eau. En effet ,l’Aubrac est très vert, l’eau ruisselle de partout , ce qui explique cette flore exceptionnelle , la plus riche d’Europe , dit-on.
Puis Denise nous parle du tournage du film « Saint Jacques –la Mecque ».Coline Serreau , la réalisatrice lors de son pèlerinage à Compostelle ,était  tombée amoureuse de l’Aubrac et de ce buron si particulier !! elle voulut y tourner quelques scènes  de son film. Faut-il le rappeler ? c’est l’histoire  d’un groupe de pèlerins dont 2 frères et une sœur( interprétés par P Légitimus , JP Darroussin et Muriel Robin) « condamnés » à faire le chemin de Saint Jacques pour hériter de leur mère !!
Nous reconnaissons bien les lieux mais rectificatif :le téléphone portable ne passe pas sous l’unique arbre , par contre , il est vrai qu’il faut éviter les bouses de vaches !!
L’ambiance au repas est excellente .Nous dormons dans un dortoir de 8 randonneurs (: 4 couples).
Le confort est sommaire. Bouchons d’oreilles obligatoires !!Personne ne se plaint des ronfleurs !!    

Samedi 29 mai :jour 3 : Buron des  Rajas- Saint Chély d’Aubrac – 19 kms

Le buron des Rajas est à 1380 mètres d’altitude et nous descendons dans la vallée de Saint Chély à 800 mètres. Nous partons au petit matin dans la brume… mais le soleil commence à percer. Sur une longue distance , nous suivons la grande draille de transhumances. Arrêts fréquents pour  admirer ces vaches magnifiques  qui nous regardent d’un air curieux ( dire que depuis 2 jours, nous mangeons de cette viande appellation « Fleurs d’Aubrac ».Pour avoir cette AOC, il faut que la bête ait une mère : race Aubrac et un père : race charolaise !!

les troupeaux les cavaliers moi

On traverse une épaisse forêt de feuillus puis , un peu plus loin : un décor insolite. On se croirait en Argentine ou en Uruguay ( deux  pays qui nous sont familiers).Deux fermiers à cheval rassemblent leur troupeau de vaches dans le vallon , ce sont de vrais gauchos !!!
On laisse à notre droite de vastes parcelles largement exploitées : ce sont des tourbières , la terre est très riche ici, rien à voir avec les Cévennes !!

Nous arrivons à Saint Chély par un petit chemin creux qui sent la noisette.

Dimanche 30 Mai : jour 4 :Saint Chély d’Aubrac –Laguiole (1034 m) 26 kms

la pluiela grotte de rolandla grotte

 

 

 

 

 

 

 

 

Dès le matin , une pluie fine s’abat sur Saint Chély. On ne peut annuler la marche .Tout encapuchonnés, on prend  bravement la route !! Il faut monter, descendre dans de nombreuses forêts domaniales . Le sol y est trempé , les chemins ruissellent de partout. Parfois les ruisseaux coupent littéralement le chemin.il faut passer à gué sur des pierres glissantes. Nous sommes trempés de la tête aux pieds !!Un seul arrêt assez bref à la grotte des Enguilhens dite « grotte du maquis Roland : en 1943 , 3 jeunes réfractaires du STO s’y cachèrent..D’autres les y rejoignirent. Ils furent 200 maquisards qui délivrèrent Millau et Montpellier après avoir effectué de nombreux sabotages et autres faits de résistance.
La forêt domaniale d’Aubrac est majestueuse ; le gros gibier y foisonne : cerfs, biches, chevreuils , sangliers. Du 15 septembre au 15 octobre, sa traversée est interdite pour ne pas gêner la reproduction des cervidés. Certaines zones seules sont permises pour venir écouter le brame du cerf.
A mi-chemin, la marche est tellement difficile que nous décidons d’emprunter la route jusqu’à Laguiole.
Nous arrivons au gîte, trempés jusqu’aux os. La pluie n’a pas cessé de toute la journée ; on a marché 7h30 sans manger !!
La ville de Laguiole mérite une visite attentive : c’est la capitale de la coutellerie. Sa grande place appelée « foirail » est lourde d’histoire : c’était jadis un important marché à bestiaux.
Le gîte d’étape «  rue de l’église » est à recommander : une chambre seule, une cuisine, une salle à manger avec cheminée devant laquelle nous faisons sécher nos oripeaux !!

Lundi 31 Mai :jour 5 : Laguiole – Pont du Gournier ;23 kms

Départ encore sous cette pluie fine .Que faire ??Il faut marcher coûte que coûte. La randonnée  itinérante ne peut être annulée. Nous quittons la grande place du foirail ( j’aurais bien voulu acheter non pas un couteau Laguiole , -nous en avons déjà- mais une petite figurine stylisée faite en clous Laguiole.. mais c’est lundi matin et tout est fermé.

la pluie encore la brume


Cette pluie nous oblige à revêtir les capes…ce qui gêne notre visibilité. Les sentiers de la forêt domaniale sont gorgés d’eau. Nous avons les pieds trempés au bout d’une demi-heure de marche. Le vent nous fouette le visage..Après quelques kilomètres sur une petite route goudronnée, nous reprenons le GR des Monts d’Aubrac .Nous suivons les murs empierrés qui bordent les champs boueux , de boue et de bouse !! les troupeaux nous regardent passer , une vache un peu excitée se précipite sur nous , je déchire ma cape aux fils de fer barbelé. !!
L’Aubrac dans la brume a un charme incomparable : on distingue à peine les burons accrochés  à cette immensité verte. Nous arrivons à Saint Urcize , joli petit village muni des infrastructures de station de ski. Les belles bâtisses aux murs de granit rappellent un peu la Bretagne.
Une petite pause au café « La Remise » et nous reprenons le GR , dépassons Recoules d’Aubrac. Le chemin serpente entre des petits monticules jonchés de genêts et hérissés de gros blocs de granit , effectivement on dirait un paysage breton.

Nous arrivons au Relais d’Aubrac  au Pont du Gournier vers 16heures, éreintés. Mais le Relais nous offre un confort rêvé !!

Mardi 1er Juin : jour 6 :Le pont du Gournier –Aumont Aubrac.25kms

Il fait un beau soleil..
Tout « aligoté » depuis 5 jours , Jean est en pleine forme( soucieux comme il est d’équilibre alimentaire, il ne parle plus d’oligoéléments mais d’ « aligoéléments » !! Quelques coins de ciel bleu nous encouragent. Le Pont du Gournier chevauche le Bès qui foisonne de truites sauvages, parait-il.les prairies
L’itinéraire s’éloigne un peu du GR de pays et nous fait traverser quelques petits hameaux dont Escudiérettes ; puis à Rieutort d’Aubrac, nous retrouvons le GR65 ,la route de Compostelle que l’on va prendre en sens inverse. Nous rencontrons beaucoup de  pèlerins  avec qui nous discutons volontiers :eux-mêmes sont très enclins à la communication.
Le sentier est en fait une draille .De chaque côté, les champs sont clôturés et nous devons souvent ouvrir et fermer les clôtures en barbelé. Les murelles  sont faites en pierres sèches, parfois ce sont de gros blocs de granit amoncelés les uns sur les autres. L’herbe devient un peu plus drue , cette fois –ci , nous pensons à l’Irlande sans les moutons , toutefois !!
A Finieyrols, petite pause devant une stèle en l’honneur de Luis Dalle né ici dans ce petit village d’une famille de 15 enfants. Après avoir connu l’enfer de Buchenwald, il devint prêtre- missionnaire puis évêque au Pérou chez les Quechuas, administrant le diocèse le plus élevé du monde , à 4000mètres d’altitude. Un apôtre de la paix dont ce petit coin d’Aubrac  tire une fierté légitime.
Nous arrivons à l’auberge des Quatre Chemins chez Régine ( nous connaissions le lieu puisqu’ ‘il est sur le chemin de Saint Jacques). Petit rafraîchissement puis conversation avec des pèlerins qui y reposent leurs pieds endoloris. Un homme très gentil de Pornic nous parle spontanément comme si nous le connaissions depuis longtemps. Les derniers kilomètres sont très longs ..enfin nous retrouvons vers les 5 heures Aumont Aubrac et notre voiture qui nous  a attendus fidèlement sous les marronniers en fleurs du parking de la gare….
Retour chez nous à Florac , fatigués mais heureux d’avoir parcouru  ces Monts d’Aubrac , si singuliers ,à la fois sauvages  et accueillants,  austères et fleuris : en résumé  une  riche  palette de couleurs et de senteurs variées.
Cette variante du Tour des Monts d’Aubrac : 134kms en 6 jours de marche...

finieyrols chez régine